Rouen Village
2026
Lieu : Triangle Béthencourt, Rouen (76), entre Seine et canal
Programme : Maison du projet, halle commune, ateliers (bois/métal, textile/céramique), micro-brasserie, école de cirque, logistique vélo, ressourcerie et commerces, halle modulable
Surface : site industriel portuaire en réhabilitation par phases (2026-2030), surfaces détaillées par bâtiment non arrêtées à ce stade
Équipe : CAE Hêtres concepteurs (maîtrise d'œuvre), Atelier Maison des Arbres (paysage), consortium Commun Village (maîtrise d'usage), SCIC La Main (foncière)
Matériaux : Brique existante (réemploi), bois, structures métalliques conservées, dispositifs bas carbone
Phase : Concours
Le site du Triangle Béthencourt se déploie en bord de Seine, sur une ancienne zone industrielle dont les usages ont marqué durablement le sol. Le projet ne traite pas ces traces comme un héritage à effacer, mais comme la matière même du paysage à venir : le sol industriel devient le support d'une nature qui reprend sa place, sans que le passé portuaire soit nié. Cette tension entre les marques laissées par l'homme et la possibilité d'un nouveau cycle naturel rejoint la question centrale du mémoire de paysage : que devient le site quand le processuel (le vivant qui reprend ses droits) et le projectuel (les usages programmés du village) entrent en dialogue plutôt qu'en rapport de force ?
La rue intérieure, premier geste paysager du projet, réinterprète le tracé des anciens rails tout en accueillant une végétation spontanée et renaturalisée. Elle agit comme une boucle de circulation entre la Seine et le canal, un fil qui relie les usages du site à ceux de la ville, prolongeant la logique de cohabitation plutôt que de simple coexistence entre le bâti et le vivant.
Le parc, au nord, pousse cette logique plus loin : essences locales, prairies en gestion différenciée, restitution des effluents du site (urines, déchets de brasserie) comme ressource pour les prairies et le maraîchage environnant. Rien ne se perd, tout est rendu au sol, aux plantes, aux usagers. Cette circularité du vivant fait écho à l'idée développée dans le mémoire d'un paysage pensé comme une partition où chaque élément, humain ou naturel, trouve sa place sans dominer l'autre.
La cour artisane, plus intime, et le travail des seuils avec les grands voisins du site (parc Camille Claudel, quais, nouveau quartier) achèvent ce dispositif : le paysage devient ici l'interface qui permet au site de rester poreux, ouvert, capable d'accueillir l'inattendu sans perdre sa cohérence.
